Compte-rendu d’un livre de Marie-Jo Bonnet, intitulé « Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme? »

Ce livre parle des femmes, de leur désir, leur liberté, leur force et leur capacité à inventer une vie hors des normes sociales codifiées et mortifères. On est admiratif de la pensée féministe très complète de l’auteure, qui permet la synthèse d’un point de vue politique, historique, artistique et psychanalytique. La critique de la psychanalyse est très fine et bienvenue (l’amour lesbien n’est -il qu’un retour à l’indifférenciation lié au premier rapport à la mère? l’homme est-il la différence même ou représente-t-il la différence? et s’il n’est pas la différence mais qu’il ne fait que la représenter, alors une femme peut tout aussi bien représenter la différence pour une autre femme)le regard critique est toujours étayé sur des sources nombreuses et solides, ce qui n’empêche pas l’auteure d’exprimer une pensée singulière, parfois très associative et liée à son propre vécu de la discrimination. L’inclusion subjective de l’auteure dans son sujet permet de comprendre que sa pensée est toujours nourrie par sa vie et ses émotions, elle n’est jamais purement abstraite, stérile car sans lien au réel. Elle s’interroge sur la possibilité de transmission d’un héritage symbolique féminin, vécu et pensé dans la création artistique. Elle repense également l’ambivalence de Simone de Beauvoir concernant la construction de la subjectivité féminine et le lesbianisme (La possibilité de se construire subjectivement en tant que femme dans le rapport à une autre femme, possibilité déniée par Simone de Beauvoir) La partie d’analyse de la littérature est très fournie et détaillée, l’exposition de la correspondance entre madame de Sévigné et sa fille est très étonnante et émouvante (la force d’une transmission mère-fille, très impressionnante) La lecture qu’elle propose du cas de la jeune homosexuelle de 1920 chez Freud est très pertinente et complète très bien l’analyse qu’en fait Jean Guillaumin dans son livre « transfert/contre-transfert ». Il est à noter qu’elle s’appuie beaucoup sur le travail novateur de Marie Balmary, psychanalyste trop peu connue et trop peu citée à mon sens, qui tente de repenser ensemble psychanalyse et religion. Enfin, ce livre me semble très important car il parle avant tout du noyau de liberté inattaquable qui peut refaire surface à tout moment, en chacun de nous.

Marie-Jo Bonnet est historienne de formation, sa thèse de doctorat en histoire, publiée en 1981 (réédition en 1995) a pour titre « Les relations amoureuses entre les femmes. 16e-20e siècle » Elle a écrit d’autres livres importants, notamment « Les deux amies. Essai sur le couple de femmes dans l’art », dont je ferais un prochain compte-rendu. Le plus important selon moi, dans le travail de Marie-Jo Bonnet, outre son caractère militant, est son aspect pluridisciplinaire, et son esprit critique constant qui permet de construire une vision beaucoup plus fine de ce qui fait l’histoire, et de l’implication nécessaire des femmes dans celle-ci, ainsi que dans la construction (ou la reconstruction critique) des savoirs.

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